JEAN-PIERRE PESCATORE (1793-1855)
-PREMIERE FLORAISON ENREGISTREE DE PHALAENOPSIS EN FRANCE-
"Le nom de l'illustre Pescatore n'est-il pas là comme presque légendaire ? A lui seul, il a plus fait pour les Orchidées que tout autre" Léon Duval, premier chapitre du Petit Guide Pratique de la Culture des Orchidées, 1894,
 

     Issus d'une famille de négociants aisés, ce natif de Luxembourg s'engage à l'âge de 16 ans dans le 4e hussard, dit de Chamborand, et participe pendant 5 ans aux guerres d'Espagne sous les ordres du Général Suchet.
     De retour à Luxembourg avec le grade de maréchal des logis-chef il se lance dans le commerce du tabac comme son père et avant lui son grand-père. En 1817 il décroche un important contrat avec la Régie française des Tabacs pour la livraison de tabac de Cuba. Ce contrat est à l'origine de sa fortune. Parallèlement à son activité de commerçant il ouvre une banque. Il déménage pour Paris en 1834 et s'installe dans un hôtel particulier 11 rue Saint Georges avant d'acquérir le château de La Celle Saint Cloud en 1844 (aujourd'hui propriété du ministère des Affaires étrangères). Il est naturalisé français en 1846.
     
Au château de La Celle Saint Cloud qui accueillait avant son installation un élevage de mérinos il fait faire d'importants travaux paysagers sous la direction des frères Bulher. Il installe l'allée que l'on peut encore admirer aujourd'hui dite "Allée des arbres étrangers". Il fait construire une orangerie et trois serres pour sa collection d'orchidées. Seule la collection de Mme Quesnel au Havre peut être comparée à celle de Pescatore lorsqu'il débute mais suite au décès de Mme Quesnel en 1847 il rachète la collection du Havre. L'achat des 800 plantes de la collection Quesnel porte le nombre des plantes cultivées à La Celle Saint Cloud à plus de 2000 réparties en 750 espèces (en comparaison, la collection de Pierre Nicolas Perrier, fondateur de la maison Perrier-Jouët, installée à Epernay et considérée comme une des plus importante en France, abritait en 1852 plus de 330 plantes réparties en 85 genres). La collection de Pescatore est considérée comme la plus importante d'Europe dans les journaux et revues de l'époque. Napoléon III et l'impératrice sont reçus à deux reprises à La Celle Saint Cloud pour l'admirer.
     En 1848 et 1849 Pescatore informe la Société Royale d'Horticulture de Paris de l'évolution de sa collection. Il y cite les 317 plantes d'orchidées ayant fleuri dans ses serres tout au long de l'année 1848 (il fait de même l'année suivante). Dans cette énumération figure le premier phalaenopsis ayant fleuri en France. Cette plante faisait partie du lot de Phalaenopsis aphrodite envoyés en Europe par Fortune sous le nom erroné de Phalaenopsis amabilis. Dans le même journal de 1848 figure aussi un compte-rendu très détaillé de la visite des serres de Pescatore par des membres de la Société Royale d'Horticulture de Paris. En 1852 Pescatore expose Phalaenopsis grandiflora (P. amabilis).

     Le noyau de la collection de Pescatore était formé des plantes de Mme Quesnel du Havre et de plantes achetées en Angleterre. Il avait aussi ramené d'Angleterre son premier responsable de culture qui fut remplacé par la suite par Gustave Adolphe Lüddemann secondé par Gustave Isidor Chouquet qui avait été garçon jardinier chez Mme Quesnel sous les ordres de M. Herment. Après le décès de Pescatore le château échoit à sa nièce Élisabeth Dutreux-Pescatore et Lüddemann monte son propre établissement.
     Néanmoins la culture continue dans les serres sous la direction de M. Achille Louesse puis de M. Gosselin et si les expositions se font plus rares, les plantes exposées n'en sont pas pour autant moins exceptionnelles. En 1858 un Phalaenopsis aphrodite portant 6 tiges florales est présenté à l'exposition du Palais de l'Industrie. Auguste Rivière alors jardinier au jardin de l'école de médecine est autorisé, pendant un certain temps, à y effectuer des expériences sur la fécondation et le semis des orchidées, expériences qu'il n'était pas autorisé à poursuivre sur son lieu de travail. Ses travaux, couronnées de succès, serviront de base à une publication de Prillieux dans les Annales de Sciences Naturelles. La collection est ensuite plus ou moins dispersée, cependant en 1865, Mme Pescatore participe encore à certaines expositions. L'orangerie et les serres sont bombardées lors du siège de Paris en 1870 et les plantes exposées au froid succombent aux températures hivernales. Cependant la culture des orchidées et autres plantes tropicale reprend et en 1875 y apparait un Coelogyne cristata aux feuilles panachées qui sera signalé dans l'Illustration Horticole.
     La collection de Pescatore avait une réputation internationale et lors des expositions horticoles, nombreuses à cette époque, seules les plantes exposées par des professionnels comme Chantin ou Cels pouvaient rivaliser avec celles cultivées à La Celle Saint Cloud.
     Pescatore finança la publication de la Pescatorea une iconographie rassemblant 48 planches d'orchidées tropicales éditée par Jean-Jules Linden et rédigée conjointement par Linden, Reichenbach fils, Gustave Adolphe Lüddemann et le botaniste Jules Émile Planchon. Les dessins originaux étaient dues à Maubert et Detollenaere. L'édition de cet ouvrage a cessé avec la disparition de Pescatore.
     Le genre Pescatoria a été créé par Reichenbach fils en son honneur en 1852. Angraecum pescatorianum décrit par Lindley synonyme de Oeoniella polystachys de du Petit-Thouars, et Odontoglossum pescatorei synonyme de Oncidium nobile furent aussi nommé d'après lui.
    Phragmipedium lindenii fleurit pour la première fois en Europe dans les serres de Pescatore en 1850 de même que Houlletia odoratissima en 1852 (introduit l'année précédente par Linden) et Cyrtochilum serratum .
   Lueddemannia pescatorei nommée par Reichenbach fils rassemble le cultivateur Lüddemann et le propriétaire Pescatore. Cette plante fleurit également dans les serres de La Celle Saint Cloud pour la première fois en Europe en 1849. Elle avait été introduite par Linden en 1847 par ses collecteurs Funck et Schlim.