MARIUS PORTE ( ? - 1866 )
 
NOTICE SUR MARIUS PORTE, La Belgique horticole 1869
Voyageur botaniste, conchyliologiste et paléontologiste,
par M. Albert Truffaut. Secrétaire-adjoint de la Société d'horticulture de Seine-el-Oise.
 

     Le nom de Porte est bien connu, depuis ces dernières années, par suite de ses belles introductions de plantes nouvelles, et nous devons remercier la Société d'horticulture de Marseille d'avoir rassemblé les documents nécessaires pour écrire la biographie de cet intrépide voyageur
français.
     Fils d'un honorable négociant de Marseille, Porte quitta sa ville natale en 1834, consacrant sa vie et sa fortune à des voyages scientifiques. Le Brésil fut sa première étape, il y resta jusqu'en 1859. C'est là qu'il découvrit un immense gisement d'animaux fossiles où l'on pouvait littéralement ramasser des squelettes complets et nombreux de tatous gigantesques. De retour en Europe, notre compatriote n'eut rien de plus pressé que de proposer l'exploration de cet immense gisement; mais, malheureusement, des difficultés sans nombre s'opposèrent à l'exécution de son projet, qui eût doté la France, des plus magnifiques spécimens d'espèces antédiluviennes qui sont encore inconnues de nos jours.
     De retour d'un de ses voyages, Porte débarqua dans Bahia, au moment où le choléra ravageait la ville de Maceió, y frappant de terreur toute la population ; notre compatriote s'y rend sans hésiter, et, aidé par quelques études médicales, et donnant l'exemple de tous les dévouements, il parvint à ramener la confiance et à sauver grand nombre de malades. La reconnaissance publique lui signa son brevet de docteur en médecine. C'est à ce moment qu'il obtint le diplôme de professeur des écoles homéopathiques de Rio-Janeiro et de Pernambouc.
     Après avoir exploré le cours de l'Amazone et le Brésil, Porte revint en France rapportant une très grande quantité de plantes nouvelles, ainsi que de précieux renseignements de toutes sortes pleins d'intérêt pour la science et l'industrie. Mais tout ceci n'était pas assez pour son zèle. C'est au fond de l'Amérique, dans les contrées les plus sauvages qu'il alla chercher un spécimen vivant des Indiens connus sous le nom de Botocudos. Quelques-uns d'entre vous ont pu voir à Paris ce couple que notre compatriote y amenait à ses frais, et dont il n'a pas hésité à payer le rapatriement, malgré les offres brillantes qu'on lui faisait. Les Botocudos sont un des plus horribles types de l'Amérique. Les ornements en bois dont ils chargent leur lèvre inférieure et leurs oreilles, leur peinture en rouge et en noir vous donnent un échantillon de leur goût. Ils ont la poitrine et les épaules larges, le cou court, le nez épaté, l'os des joues élevé et saillant, et portent leurs cheveux, toujours noirs, ras au-dessus des tempes, de manière à ne laisser qu'une touffe ronde au-dessus de la tête.
     L'exploration des contrées les plus sauvages du Brésil n'était pour Marius Porte qu'un point de départ, l'Archipel indien, Bornéo, Singapore et les Philippines ont possédé notre compatriote de 1860 à 1865.
     C'est de là qu'il a expédié, au Muséum d'histoire naturelle de Paris et dans toute l'Europe, des quantités innombrables de plantes, dont plusieurs sont encore à l'étude. Citons entre autres la charmante orchidée, connue sous le nom de Phalaenopsis Schilleriana, qu'il envoya de Luçon à feu M. Pescatore dans la célèbre collection duquel il fleurit, pour la première fois en France, dans les premiers mois de 1861. Imaginez-vous de larges feuilles épaisses, réticulées de blanc et de vert, du milieu desquelles sort une panicule de rameaux légers, longue d'un mètre, retombant avec grâce, et portant à ses extrémités soixante-dix fleurs semblables à des papillons roses suspendus dans les airs, les ailes déployées. Les nuances les plus vives et les plus délicates se jouent sur ces pétales aux reflets satinés, des ponctuations et des teintes différentes d'intensité s'y font remarquer.
     C'est en récoltant cette plante dans un des grands bois de l'île de Luçon que Porte, attaqué par une borde de sauvages, se défendant seul contre tous, fut obligé, pour sauver sa vie, de se réfugier sur un tronc d'arbre qui flottait sur le fleuve, et qui, après deux jours de cette périlleuse navigation, lui permit d'aborder à un comptoir français.
     Il faudrait des volumes pour donner la description de toutes les plantes introduites par notre voyageur. Tous les jours, de nouvelles se découvrent au Muséum, et depuis sa mort, deux nouveaux arbustes de la famille des Myrsinées, provenant de ses envois, lui ont été dédiés. Ce sont : le Choripetalum Porteanum (Ad. Brongniart), et Yardisia Porteana (Decaisne).
     Désireux de reconnaître par un souvenir les nombreuses introductions que notre compatriote avait faites à Moscou, l'empereur de Russie lui fit remettre une superbe bague, seul souvenir de la reconnaissance des habitants de l'ancien monde.
     Nous avons dit au commencement de cette notice que Marius Porte était conchyliologiste. C'est dans les explorations du groupe insulaire des Philippines que Porte fut attiré à cette étude par la vue des magnifiques coquilles qui fourmillent aux îles des Nègres, de Ficao, de Luçon et autres. En ramasser des quantités telles qu'il put en expédier dans toute l'Europe, fut pour lui l'affaire de peu de temps; l'Allemagne et l'Angleterre en savent quelque chose. L'étude des plantes, le désir qu'il éprouvait de faire connaître en France ses découvertes l'a conduit à perfectionner le mode d'envoi des végétaux vivants, et il en était arrivé à un tel point de perfection, que toutes ses plantes arrivaient dans un état de parfaite conservation. Porte non-seulement a rendu des services à la botanique, à la paléontologie et à la conchyliologie, mais encore par ses études spéciales sur les mœurs et les habitudes des habitants des contrées inconnues qu'il a parcourues, on peut le citer au nombre des anthropologistes les plus distingués. Espérons qu'on trouvera plus tard les notes de toutes sortes qu'il avait le soin de rédiger, et qui nous donneraient les notions les plus précises et les plus utiles sur des contrées encore inconnues, au point de vue des mœurs et des habitudes de leurs habitants. Porte, qui avait vécu au milieu d'eux, était seul capable de nous initier à leur vie nomade, tout en donnant des renseignements précieux sur les animaux et les végétaux de ces forêts vierges.
     Fatigué de ces longues et périlleuses excursions botaniques dans les forêts des îles Philippines, découragé par les mécomptes qu'il avait éprouvés, notre compatriote s'était fixé à Manille, où il exploitait une industrie lucrative, lorsqu'il fut atteint par une de ses graves dysenteries si communes à ces contrées. C'est le 14 janvier 1866 que Porte a rendu à Dieu sa belle âme, en tournant vers sa patrie ses derniers regards. Ainsi finit cet intrépide voyageur, dont la vie entière n'a été occupée que par l'étude et le travail le plus abstrait, sans trêve ni repos. Il nous reste, comme souvenir de lui, les belles plantes qu'il eut l'honneur d'introduire; plusieurs portent son nom ; elles suffiront pour le faire passer à la postérité. Je termine par une courte énumération des plantes les plus remarquables envoyées du Brésil, le Singapore et des Philippines, au Muséum D'Histoire Naturelle de Paris, par Porte, de 1859 à 1865 :
Portea kermesina; Billbergia Morelii,Aechmea miniata; Aechmea, var.discolor. Cinq Broméliacées de grand mérite, appelées à rendre de bons services pour la garniture des appartements.
Quelques plantes à feuillage des plus remarquables telles que :
Theophrasta Imperialis; Pandanus Lennei; Pandunus Porkanus, Cycas Riuminiana; Anlhurium regale; Ficus Porkana; Calamus impératrice Marie; Pinanga macutata; Alocasia zebrîna; Alocasia Lowii; Ananassa variegata nova, etc.
Et une masse d'Orchidées, parmi lesquelles: Phalaenopsis Schilleriana; Phalaenopsis Luddemaniana ; Miltonia Morelii , Burlingtonia venusta; Laelia elegans; Laelia bulbosa. Et plusieurs espèces de Brassavola, Oncidium et Gongora.

 
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