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Le nom de Porte
est bien connu, depuis ces dernières années, par suite de
ses belles introductions de plantes nouvelles, et nous devons remercier
la Société d'horticulture de Marseille d'avoir rassemblé
les documents nécessaires pour écrire la biographie de cet
intrépide voyageur
français.
Fils d'un honorable négociant de
Marseille, Porte quitta sa ville natale en 1834, consacrant sa vie et
sa fortune à des voyages scientifiques. Le Brésil fut sa
première étape, il y resta jusqu'en 1859. C'est là
qu'il découvrit un immense gisement d'animaux fossiles où
l'on pouvait littéralement ramasser des squelettes complets et
nombreux de tatous gigantesques. De retour en Europe, notre compatriote
n'eut rien de plus pressé que de proposer l'exploration de cet
immense gisement; mais, malheureusement, des difficultés sans nombre
s'opposèrent à l'exécution de son projet, qui eût
doté la France, des plus magnifiques spécimens d'espèces
antédiluviennes qui sont encore inconnues de nos jours.
De retour d'un de ses voyages, Porte débarqua
dans Bahia, au moment où le choléra ravageait la ville de
Maceió, y frappant de terreur toute la population ; notre compatriote
s'y rend sans hésiter, et, aidé par quelques études
médicales, et donnant l'exemple de tous les dévouements,
il parvint à ramener la confiance et à sauver grand nombre
de malades. La reconnaissance publique lui signa son brevet de docteur
en médecine. C'est à ce moment qu'il obtint le diplôme
de professeur des écoles homéopathiques de Rio-Janeiro et
de Pernambouc.
Après avoir exploré le cours
de l'Amazone et le Brésil, Porte revint en France rapportant une
très grande quantité de plantes nouvelles, ainsi que de
précieux renseignements de toutes sortes pleins d'intérêt
pour la science et l'industrie. Mais tout ceci n'était pas assez
pour son zèle. C'est au fond de l'Amérique, dans les contrées
les plus sauvages qu'il alla chercher un spécimen vivant des Indiens
connus sous le nom de Botocudos. Quelques-uns d'entre vous ont pu voir
à Paris ce couple que notre compatriote y amenait à ses
frais, et dont il n'a pas hésité à payer le rapatriement,
malgré les offres brillantes qu'on lui faisait. Les Botocudos sont
un des plus horribles types de l'Amérique. Les ornements en bois
dont ils chargent leur lèvre inférieure et leurs oreilles,
leur peinture en rouge et en noir vous donnent un échantillon de
leur goût. Ils ont la poitrine et les épaules larges, le
cou court, le nez épaté, l'os des joues élevé
et saillant, et portent leurs cheveux, toujours noirs, ras au-dessus des
tempes, de manière à ne laisser qu'une touffe ronde au-dessus
de la tête.
L'exploration des contrées les plus
sauvages du Brésil n'était pour Marius Porte qu'un point
de départ, l'Archipel indien, Bornéo, Singapore et les Philippines
ont possédé notre compatriote de 1860 à 1865.
C'est de là qu'il a expédié,
au Muséum d'histoire naturelle de Paris et dans toute l'Europe,
des quantités innombrables de plantes, dont plusieurs sont encore
à l'étude. Citons entre autres la charmante orchidée,
connue sous le nom de Phalaenopsis Schilleriana, qu'il envoya de Luçon
à feu M. Pescatore dans la célèbre collection duquel
il fleurit, pour la première fois en France, dans les premiers
mois de 1861. Imaginez-vous de larges feuilles épaisses, réticulées
de blanc et de vert, du milieu desquelles sort une panicule de rameaux
légers, longue d'un mètre, retombant avec grâce, et
portant à ses extrémités soixante-dix fleurs semblables
à des papillons roses suspendus dans les airs, les ailes déployées.
Les nuances les plus vives et les plus délicates se jouent sur
ces pétales aux reflets satinés, des ponctuations et des
teintes différentes d'intensité s'y font remarquer.
C'est en récoltant cette plante dans
un des grands bois de l'île de Luçon que Porte, attaqué
par une borde de sauvages, se défendant seul contre tous, fut obligé,
pour sauver sa vie, de se réfugier sur un tronc d'arbre qui flottait
sur le fleuve, et qui, après deux jours de cette périlleuse
navigation, lui permit d'aborder à un comptoir français.
Il faudrait des volumes pour donner la description
de toutes les plantes introduites par notre voyageur. Tous les jours,
de nouvelles se découvrent au Muséum, et depuis sa mort,
deux nouveaux arbustes de la famille des Myrsinées, provenant de
ses envois, lui ont été dédiés. Ce sont :
le Choripetalum Porteanum (Ad. Brongniart), et Yardisia Porteana (Decaisne).
Désireux de reconnaître par
un souvenir les nombreuses introductions que notre compatriote avait faites
à Moscou, l'empereur de Russie lui fit remettre une superbe bague,
seul souvenir de la reconnaissance des habitants de l'ancien monde.
Nous avons dit au commencement de cette
notice que Marius Porte était conchyliologiste. C'est dans les
explorations du groupe insulaire des Philippines que Porte fut attiré
à cette étude par la vue des magnifiques coquilles qui fourmillent
aux îles des Nègres, de Ficao, de Luçon et autres.
En ramasser des quantités telles qu'il put en expédier dans
toute l'Europe, fut pour lui l'affaire de peu de temps; l'Allemagne et
l'Angleterre en savent quelque chose. L'étude des plantes, le désir
qu'il éprouvait de faire connaître en France ses découvertes
l'a conduit à perfectionner le mode d'envoi des végétaux
vivants, et il en était arrivé à un tel point de
perfection, que toutes ses plantes arrivaient dans un état de parfaite
conservation. Porte non-seulement a rendu des services à la botanique,
à la paléontologie et à la conchyliologie, mais encore
par ses études spéciales sur les murs et les habitudes
des habitants des contrées inconnues qu'il a parcourues, on peut
le citer au nombre des anthropologistes les plus distingués. Espérons
qu'on trouvera plus tard les notes de toutes sortes qu'il avait le soin
de rédiger, et qui nous donneraient les notions les plus précises
et les plus utiles sur des contrées encore inconnues, au point
de vue des murs et des habitudes de leurs habitants. Porte, qui
avait vécu au milieu d'eux, était seul capable de nous initier
à leur vie nomade, tout en donnant des renseignements précieux
sur les animaux et les végétaux de ces forêts vierges.
Fatigué de ces longues et périlleuses
excursions botaniques dans les forêts des îles Philippines,
découragé par les mécomptes qu'il avait éprouvés,
notre compatriote s'était fixé à Manille, où
il exploitait une industrie lucrative, lorsqu'il fut atteint par une de
ses graves dysenteries si communes à ces contrées. C'est
le 44 janvier 48G6 que Porte a rendu à Dieu sa belle âme,
en tournant vers sa patrie ses derniers regards. Ainsi finit cet intrépide
voyageur, dont la vie entière n'a été occupée
que par l'étude et le travail le plus abstrait, sans trêve
ni repos. Il nous reste, comme souvenir de lui, les belles plantes qu'il
eut l'honneur d'introduire; plusieurs portent son nom ; elles suffiront
pour le faire passer à la postérité. Je termine par
une courte énumération des plantes les plus remarquables
envoyées du Brésil, le Singapore et des Philippines, au
Muséum D'Histoire Naturelle de Paris, par Porte, de 1859 à
1865 :
Portea kermesina; Billbergia Morelii,Aechmea miniata; Aechmea, var.discolor.
Cinq Broméliacées de grand mérite, appelées
à rendre de bons services pour la garniture des appartements.
Quelques plantes à feuillage des plus remarquables telles que :
Theophrasta Imperialis; Pandanus Lennei; Pandunus Porkanus, Cycas Riuminiana;
Anlhurium regale; Ficus Porkana; Calamus impératrice Marie; Pinanga
macutata; Alocasia zebrîna; Alocasia Lowii; Ananassa variegata nova,
etc.
Et une masse d'Orchidées, parmi lesquelles: Phalaenopsis Schilleriana;
Phalaenopsis Luddemaniana ; Miltonia Morelii , Burlingtonia venusta; Laelia
elegans; Laelia bulbosa. Et plusieurs espèces de Brassavola, Oncidium
et Gongora.
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