Les horticulteurs se sont intéressés depuis longtemps à la possibilité de reproduire artificiellement ces plantes. Les premiers essais de semis ne donnèrent aucun résultat jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que les seules graines qui germaient étaient celles qui étaient tombées accidentellement sur les pots même des plantes qui avaient porté des fruits. On dut attendre la fin du XIX ième siècle pour éclaircir ce mystère. Jusque là, certain pensaient que la plante mère assainissait le mélange et permettait ainsi la germination.
 
Noël Bernard et la germination des Orchidées
 

   C'est dès 1840 que Linck découvrit la présence de pelotons étrangers dans les plantules d'orchidées. Le fait fût confirmé entre autres par Wahrlich qui établit la présence de mycorhizes dans 500 espèces d'orchidées. Il en concluait que toutes les orchidées ont des champignons dans leurs racines, et, il fût admis que le fait était de nature à être rangé dans les phénomènes de symbiose.

   En 1902, dans sa thèse sur la tubérisation ( Revue générale de Botanique Tome XVI 1902), Noël Bernard alors maître de conférence à la faculté de Caen, relatant ce fait de l'infestation normale des orchidées, s'est proposé d'établir que cette infestation était une des conditions de la germination de leurs graines.

   C'est au cours d'une exploration botanique en 1898, alors qu'il accomplissait son service militaire, grattant le sol au pied d'un Neottia nidus-avis, qu'il eût la bonne fortune, découvrant ses racines, d'y trouver près d'elles, des germinations issues de graines tombées de cette plante.

   La récolte des jeunes plantules fut faite avec soin, puis leur étude révélant qu'elles étaient infestées d'un champignon identique à celui précédemment découvert dans les racines de la plante mère, il n'y avait plus de doutes, la germination était due à la présence de ce champignon échappé des racines et venant contaminer les jeunes embryons en voie d'évolution. L'observation d'un jeune semis chez M Bert, cultivateur d'Orchidées exotiques à Bois-Colombes montra que les graines étaient entourées de nombreux filaments mycéliens étroitement appliqués à leur surface. Le premier article "grand public" concernant l'intervention d'un champignon dans la germination des graines d'Orchidées parut dans le numéro du 16 juillet 1900 de la Revue horticole. Il reprenait une étude parue dans la revue générale de botanique.

   C'est alors que des expériences furent entreprises qui vinrent confirmer ces intéressantes observations. Les horticulteurs s'étaient d'ailleurs aperçus depuis longtemps que les quelques graines qui germaient étaient celles qui étaient semées sur le compost d'une plante adulte de la même espèce que celle qui avait porté les graines, surtout sur celles bien enracinées dans ce compost.

   Noël Bernard tenta d'isoler ce champignon et de le développer en culture pure. En adoptant les cultures pasteuriennes et la méthode de prélèvement de Matruchot il parvint non sans difficultés à ses fins.

   En 1905, lors d'une conférence au siège de la Société Nationale d'Horticulture, rue de Grenelle à Paris, il fît connaître la technique employée pour le prélèvement du champignon et le semis des graines, montrant qu'un même champignon pouvait faire germer des espèces différentes d'orchidées, telles que Cypripedium ( Paphiopedilum), Cattleya, Laelia etc..., alors que les Phalaenopsis ne germaient qu'avec le champignon extrait de leurs racines ou de celles de Vanda.

   L'on était endroit d'espérer que cette communication aurait attiré l'attention des amateurs et des praticiens; c'était commettre une erreur. Rares furent ceux qui en comprirent l'importance ce qui fit dire à Noël Bernard, quelques années plus tard, au cours d'une conférence qu'il fit à l'occasion du centenaire de la Société Royale d'Horticulture et de Botanique de Gand où il traita cette même question :

«En vérité, en France, certains horticulteurs me crurent trop peu, dit-il, alors je montais mes cultures, j'exprimais mon espoir d'être utile aux praticiens et depuis j'ai connu la maxime dont on instruisait mon enfance, à savoir qu'il est bon de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler sans qu'on vous interroge». En Belgique, le succès du conférencier fût complet. L'article consacré à la conférence sous le titre " La culture des orchidées dans ses rapports avec la Symbiose" qui parut cette même année en Belgique fût aussi publié en France au journal de la Société Nationale d'Horticulture...........en 1923.

    Notons qu'au début de ces travaux, Noël Bernard ne voulait pas croire à la symbiose chez les orchidées. En 1904 il combattait cette version et admettait que les Orchidées se comportent comme des plantes normalement intoxiquées par des parasites dont jamais elles n'arrivent à se débarrasser de manière définitive. Il définissait la symbiose comme un état de maladie grave et prolongée.

   A la même époque que Noël Bernard (12/12 1907), le Dr Hans Burgeff, savant biologiste allemand étudie la culture aseptique des orchidées et obtient des résultats similaires.

   En 1909, Noël Bernard pouvait écrire :« En somme, l'accroissement de concentration des solutions, pour les plantes élevées sans champignons, entraîne les mêmes résultats que l'accroissement d'activité des champignons pour les plantes soumises à la symbiose.» Il pouvait songer à la mise au point d'une technique permettant d'obtenir en serre, dans des conditions pratiquement applicables, des plantules d'orchidées affranchies de champignons et gardant d'ailleurs, au début du moins, leur apparence habituelle ( Magrou 1943).

 
      Pour ceux que les techniques traditionnelles intéressent, les pages suivantes peuvent donner une idée assez précise des techniques utilisées pour la multiplication symbiotique, c'est à dire en présence d'un champignon. Cette très intéressantes documentation a pu être éditée sur ce site grâce au concours de Mr Le Lirzin qui a pensé à me faire partager une heureuse trouvaille chez un bouquiniste ; les semeurs ou apprentis semeurs souhaitant partager leur expérience peuvent le contacter à son adresse ci-dessous
antoine.le-lirzin@wanadoo.fr
    Pour les mordus de multiplication asymbiotique, le petit livre, "Orchids from Seeds" de P.A. Thompson, Royal Botanic Gardens Kew, décrit une technique plus simple que celle mise en œuvre dans les temps héroïques.
 
La reproduction symbiotique du Phalaenopsis